Comment réussir à concilier désir d`enfant et désir sexuel?

Quand l'envie vient de fonder une famille, les rapports sexuels perdent parfois de leur spontanéité. Et le désir peut en prendre un coup. Cela n'a rien d'étonnant mais on peut y remédier.

Il n'y a pas que pendant la grossesse ni après l'accouchement que la sexualité peut se transformer. Quand on veut avoir un enfant aussi. Bien sûr, la vie sexuelle de tous les couples n'est pas forcément transformée par l'envie de fonder une famille. En atteste Pénélope, 39 ans, maman d'un petit garçon de bientôt 2 ans: "On s'est dit qu'on voulait un enfant mais qu'on ne voulait pas que ce soit laborieux ni que cela devienne une obsession. On a fait l'amour aussi passionnément qu'avant, en se disant simplement qu'on ouvrait la porte à cet enfant."

Une planification généralisée

Peut-être parce que, pour elle, "la vie ne nous est pas donnée pour que nous contrôlions tout". Reste que, bien souvent, comme le fait remarquer le gynécologue et sexologue Francis Collier, "les grossesses sont programmées en fonction de toute une série de considérations, financières, professionnelles, domestiques..." 

À l'instar de Cédric, 35 ans, papa de deux enfants: "Nous nous sommes lancés quand nous étions prêts: relation longue durée, en CDI, propriétaires." Un aspect planification que l'on peut retrouver jusque dans les rapports, puisqu'"on confronte deux choses qui passent par la même 'tuyauterie': reproduction et sexualité", déroule le gynéco-sexologue.

Exit la spontanéité, la sexualité est remaniée pour que la grossesse se conforme aux plans édictés. "C'est terrible de programmer mais je n'ai pas pu m'empêcher de calculer les périodes d'ovulation et donc, par exemple, de planifier mes week-ends en fonction. Parce que, si on dépassait cette petite fenêtre de tir, on attendait un mois de plus", admet Natalène, 30 ans et enceinte de trois mois.

Des stratégies pour favoriser la conception

Ainsi, dans l'optique de multiplier leurs chances, les futurs parents peuvent ne pas dévier du missionnaire et éviter de faire l'amour debout ou dans des positions qui défient la gravité, parce qu'ils ont lu que ce n'était pas propice à la conception. Autre stratégie adoptée: concentrer les rapports pendant la période d'ovulation, comme l'a fait Myriam, 38 ans, maman de trois enfants, avant sa première grossesse, ou augmenter la fréquence des rapports, à l'instar de Cédric, qui estime avoir multiplié par deux le nombre de fois où il faisait l'amour avec sa compagne.

Toutefois, si le nombre des rapports est multiplié, ça ne veut pas forcément dire que les couples se désirent davantage. "À un moment, j'ai dit que j'avais été malade 'pile au mauvais moment', celui de l'ovulation, et mon mari s'est exclamé quelque chose du genre: 'Ah, mais on fait pas l'amour juste pour faire un enfant!', raconte Natalène. Il ne voulait pas que nos relations sexuelles soient pilotées par ça, ça lui coupait son désir. Donc, pour ne pas tout focaliser sur la période d'ovulation, on a fait un peu plus l'amour tout le temps."

C'est bien la preuve que ce côté "programmation" peut mettre à mal la dimension hédoniste de la sexualité et que le désir d'enfant risque d'annihiler le désir sexuel. "On revient alors à une sexualité animale de procréation. Tout ce qu'il y a autour de la fonction érotique n'est plus là", détaille Caroline Le Roux, psychologue et sexologue, spécialiste de périnatalité. "Je ne garde pas un bon souvenir de nos performances sexuelles sur cette période, retrace Cédric. Le but étant simplement de procréer, les rapports étaient plus calculés, plus mécaniques."

Le stress a un impact négatif sur les chances de grossesse

Un passage à vide du désir sexuel qu'il ne faut pas traiter avec dédain, insiste le docteur Collier. Derrière, on peut retrouver une crainte d'être infertile, parfois très forte, parfois latente. Cédric s'est demandé dès le départ combien de temps allait s'écouler avant que le test de grossesse soit positif et "à partir de quand [ils] devr[aient] s'inquiéter de [leur] fertilité". Et cette angoisse n'est pas sans conséquences. Sur les chances de grossesse d'abord, en raison des effets du stress. "Nous ne voulions pas en faire une fixette, tempère Cédric. Nous étions persuadés que ça allait diminuer nos chances."

Il n'a pas tort. "Quand la période d'ovulation approche, certains hommes n'arrivent plus à avoir une érection ou à éjaculer, expose le sexologue. La femme va alors se dire que son conjoint ne doit au fond pas avoir envie d'avoir un enfant. Cela peut bien sûr arriver mais, dans l'immense majorité des cas, il y a simplement trop de pression." Pas facile de se voir uniquement comme 'un réservoir de sperme'", confirme Caroline Le Roux. Cela risque d'entretenir un cercle vicieux.

Côté femmes aussi, être obnubilée par la grossesse peut jouer non seulement sur le désir mais aussi sur le taux de succès d'une grossesse. "Si les femmes finissent par en faire une obsession, cela peut ébranler l'hypophyse et l'hypothalamus, le petit ordinateur dans leur tête qui libère les hormones FSH et LH et contrôle l'activité cyclique des ovaires, et perturber l'ovulation", explique le docteur Collier.

Garder la spontanéité pour conserver une belle sexualité

Le problème, c'est aussi que cette sexualité mal huilée peut avoir des répercussions sur la vie sexuelle à long terme. Francis Collier accueille fréquemment des couples de 40 ans dont les problèmes sexuels ont commencé quand ils ont voulu avoir des enfants: "Perdre la spontanéité, c'est, à court, moyen ou long terme, avoir une sexualité qui en pâtira."

Alors autant faire oeuvre de prévention et éviter que le désir d'enfant n'amoindrisse voire n'évince le désir sexuel. Pour cela, il faut revenir à des notions physiologiques de base, explicite le gynécologue: "La contraception a laissé penser que tout ce domaine était maîtrisé. Certes, on peut maîtriser sa contraception mais pas la conception, qui reste une probabilité. Un couple physiologiquement normal a 20% de chances de faire un enfant à chaque cycle."

Pas besoin de mettre les jambes en l'air

Se dire que toutes les tactiques mises en place sont en fait stériles aide aussi à relativiser et à faire baisser la pression. Pas besoin donc de s'évertuer à multiplier les rapports. "Dépasser les deux à trois rapports par semaine n'augmente pas les chances de grossesse, assène Francis Collier. Au contraire: la pire des choses pour les spermatozoïdes est même une éjaculation trop fréquente car cela diminue leur qualité." Idem pour les positions choisies pour amener les spermatozoïdes à destination. "Il n'y a aucune position plus propice à faire un enfant", souligne Caroline Le Roux.

Pareil pour les injonctions à l'orgasme. Certes, "l'orgasme féminin aspire un peu plus les spermatozoïdes au niveau du col de l'utérus, mais on peut très bien être enceinte sans orgasme et même être enceinte après une éjaculation au niveau du pubis", poursuit-elle. Pas nécessaire de lever les jambes après l'acte non plus, comme l'ont fait Myriam ou Natalène. "C'est un gros mythe, dénonce Caroline Le Roux. On peut tout à fait une fois le rapport fini se lever et aller faire pipi. Le sperme tombe un peu mais il y en a qui reste."

Devenir parents en restant un couple

Ce qu'il faut retenir, ponctue Francis Collier, c'est que "la reproduction fonctionne mieux dans la spontanéité, de même que la sexualité". Pour éviter que ces rapports programmés et sans désir se prolongent et mettent à mal la sexualité conjugale sur le long terme, l'important, c'est de communiquer: "La communication, qu'elle soit verbale, corporelle ou sexuelle, est la clef. La pire des choses, c'est le non-dit. Si les couples ressentent des choses négatives, qu'ils expriment leur frustration, en parlent au moins entre eux." 

Afin de maintenir le désir sexuel et de relancer la fonction érotique, Caroline Le Roux suggère de sortir de la routine parfois installée "en se ménageant des soirées à deux" ou par le biais de "petits exercices de reconnexion sensorielle", ne serait-ce qu'"en regardant la télévision mais dans les bras l'un de l'autre".

"L'arrivée du bébé va tout chambouler donc autant partir sur de bonnes bases et se rappeler qu'ils ne s(er)ont pas que des parents mais aussi un couple", pointe-t-elle. Une allégation que le docteur Collier reprend à son compte: "Même s'il y a une autre dimension, procréative, qui apparaît, il est possible de s'adapter pour ne pas perdre de vue l'ancienne, celle du désir et du plaisir."

 

 

Source : lexpress.fr