Patricia Nzolantima : « Les femmes africaines réussiront là où les hommes ont échoué ! »

Fondatrice de plusieurs entreprises, dont le magazine International Working Ladies et l’outil de microcrédit Femmes d’avenir, Patricia Nzolantima, 40 ans à peine, est aussi une personnalité cumulant les distinctions : Young African Leader en 2012 et lauréate de l’Institut Choiseul en 2016, elle représente depuis 2013 son pays, la RD Congo, aux sommets du G20. Féministe active, elle a aussi créé The Business Development Center, un incubateur réservé aux entreprises dirigées par des femmes. C’est donc une personnalité très représentative qui participera au sommet de Women in Africa de Marrakech (WIA, 27-28 septembre), et qui nous livre ici les clés de son engagement et de ses projets, dont la création d’un fonds d’investissement pour les femmes.

Les 27 et 28 septembre à Marrakech, vous participerez au IIe Sommet mondial de Women in Africa (WIA). Quel est votre message sur la question de « la confiance en l’Afrique et confiance dans les femmes africaines », qui fait l’objet de deux conférences plénières ?

Je me définis comme un pur produit africain. Je suis née, j’ai vécu et étudié en Afrique. Ce que je suis, je le dois à l’Afrique. Je paraphraserai le message du Roi du Maroc : « Je porte au cœur une fierté toujours plus forte d’être Africaine. Je me sens aussi fortement attaché(e) à ce continent. »

Dans la lettre que Patrice Emery Lumumba avait adressée à sa femme, il avait écrit : « L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera, au nord et au sud du Sahara, une histoire de gloire et de dignité. » Je suis convaincue que l’avenir de l’Afrique s’écrira désormais au féminin. Les femmes africaines ont décidé de réécrire une nouvelle histoire de l’Afrique. Une histoire de gloire et de dignité.

J’exhorte les femmes africaines à croire davantage à ce Continent. Se donner les moyens d’appartenir à un réseau des femmes fortes afin de transformer notre continent en eldorado ! Les femmes africaines réussiront là où les hommes ont échoué ; et elles construiront des ponts vers le futur afin de participer à l’épanouissement du continent.

Je crois en ce continent au plus profond de moi ; j’aime ce qu’il m’a apporté. Nous sommes prêtes à lui rendre ce qu’il nous a donné.

L’éducation est l’autre grand thème traité en conférence plénière. Qu’auriez-vous à dire sur ce sujet ?

L’éducation joue un rôle crucial dans le développement économique. Elle est la base de l’évolution de l’Afrique. Sans l’éducation, il serait difficile de parler de l’autonomisation de la femme africaine. Le développement de l’Afrique ne peut se réaliser si 50 % des femmes concernées sont exclues des opportunités que le développement est à même d’offrir.

Les femmes africaines représentent 52 % de la population du Continent mais une grande partie de ces femmes n’ont malheureusement pas un accès égal aux opportunités économiques. Sans l’éducation appropriée, aucun tabou social et aucune discrimination contre les femmes/filles ne pourraient être éradiqués.

Il est sans conteste que l’atteinte des Objectifs pour le Développement Durable passe inévitablement par une autonomisation de la femme et la scolarisation de la fille, vecteurs d’un équilibre économique et social. Si la femme est dotée de ressources nécessaires, elle est prête à améliorer la qualité de sa vie et celle de ses enfants. 

Nous le savons, l’éducation joue un rôle clé dans les progrès pour atteindre l’égalité des sexes. Elle permet d’émanciper les filles, de leur apporter les compétences et connaissances nécessaires pour être en capacité de prendre des décisions quant à leur vie, sécuriser un emploi mieux rémunéré et être actives dans le développement de leur communauté.

L’investissement dans l’éducation des filles permet une meilleure rémunération pour un individu. Elle est donc un droit humain fondamental et une exigence pour le développement harmonieux de notre Continent.

L’implication des femmes dans l’éducation des filles contribuera au changement de la société Africaine.

Plusieurs ateliers sont proposés en plus des plénières : Lab programme, Masterclass programme, Meet with… Au(x)quel(s) pensez-vous participer, et pourquoi ?

Je participerai au Masterclass programme et au Lab programme. Avec l’ouverture de notre hub, il est important de savoir ce qui se fait ailleurs. Le monde bouge, nous passons à la digitalisation ; il faut s’améliorer et se cultiver.

Êtes-vous satisfaite de l’avancée de vos activités liées à la promotion de l’Afrique, et plus particulièrement des femmes africaines ?

Personnellement, je suis très satisfaite de l’avancée de mes activités. Après avoir évolué douze ans dans l’entrepreneuriat féminin, nous venons de mettre sur pied le premier centre entrepreneurial féminin qui contribuera à l’économie de la femme congolaise.

Nous avions également mis sur pied un moyen de paiement avec des cartes Visa prépayées, afin de bancariser les femmes. Nous nous apprêtons à lancer avec mes partenaires, le fonds d’investissement pour les femmes.

Notre objectif est de permettre aux femmes congolaises d’avoir un accès facile aux financements, afin de leur permettre d’accélérer leur business. Nous ne pouvons parler de l’autonomisation de la femme sans les financements. Il est donc temps que les femmes africaines créent leur propre banque. Ce serait la seule façon d’éradiquer la pauvreté ainsi de créer une nouvelle classe moyenne émergente. Notre bilan est positif ; mais nous espérons davantage apporter de l’aide auprès de ces femmes privées des financements !

Êtes-vous disposée à vous engager plus avant comment pour le rayonnement de Women in Africa (WIA) ?

En tant qu’ambassadrice de WIA en RD Congo, je compte utiliser notre nouveau centre pour faire rayonner l’image de WIA. Les femmes congolaises ont besoin des réseaux forts avec une visibilité africaine, et internationale.

En tant que femme entrepreneur, le réseau WIA a été un pilier dans ma vision d’actrice du changement. Il est de plus en plus important de se constituer un réseau fort, qui apporte une valeur ajoutée dans notre façon de faire les affaires. Il est important d’en faire bénéficier aux autres femmes qui ne savent comment accéder à un tel réseau.

En conjuguant nos efforts avec les autres femmes africaines, au sein du réseau WIA, nous sommes à même de viser des objectifs qui auraient été hors de notre portée si nous avions agi tout seul(e)s.

 

 

Source : africapresse.paris

 

 

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