Mali : Scolarisation des filles, l’autre combat pour l’égalité homme-femme

L’hôtel Salam abrite accueille depuis hier la réunion annuelle internationale 2015 du comité consultatif de l’Initiative des Nations unies pour la scolarisation des filles (UNGEI). « Promouvoir l’égalité entre les sexes dans le domaine de l’éducation : Avançons-nous dans le nouveau cadre des objectifs du développement durable ». C’est le thème de ce colloque international dont l’ouverture était présidée par l’épouse du président de la République, Mme Kéïta Aminata Maïga.

C’était en présence des ministres de l’Education nationale, Kénékouo dit Barthelemy Togo, de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Sangaré Oumou Bah, de la secrétaire exécutive de l’UNGEI, Mme Nora Fyles et de la présidente du groupe de participation du parlement national des enfants, Mlle Assa Aimé Sidibé.
La réunion annuelle internationale du comité consultatif de l’Initiative de l’UNGEI de 3 jours est organisée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), Plan international et le Comité consultatif mondial sur l’éducation des filles. Les ministères de l’Education nationale, de la Promotion de la femme, de l’Enfant et de la Famille et les partenaires techniques et financiers (PTF) sont les partenaires de l’évènement.
Lancé en avril 2000, lors du Forum mondial sur l’éducation à Dakar par le secrétaire général de l’ONU à l’époque, Koffi Annan, l’Initiative des Nations unies pour la scolarisation des filles est un mécanisme actif de soutien à l’éducation des filles. Son but est de réduire l’écart du taux brut de scolarisation entre filles et garçons dans le système éducatif et de garantir d’ici à 2015 une égalité d’accès à tous les niveaux d’éducation.
Elle oeuvre aussi à une éducation de qualité entre filles et garçons et de contribuer à transformer les sociétés de manière que l’égalité des sexes devienne une réalité. L’UNGEI aide également les gouvernements des pays membres à s’acquitter de leur responsabilité concernant le respect du droit à l’éducation et à l’égalité des sexes pour tous les enfants en particulier les filles.
La présente grande rencontre internationale regroupe près d’une centaine de participants de l’Union africaine (UA), des gouvernements, de la société civile, des organisations internationales et du secteur privé. L’objectif est de faire le point des politiques en matière d’éducation, particulièrement de la scolarisation des filles. Il s’agit aussi de réfléchir sur les problématiques suivantes : Qu’est-ce que les nouvelles données probantes provenant de la recherche courante ou des expériences vécues nous apprennent-elles sur l’éducation des filles et sur l’égalité entre les sexes ?

Disparités

En quoi consiste le nouveau cadre présenté par les objectifs du développement durable ? Quelle influence ces nouvelles données et ce nouveau cadre auraient-ils sur nos efforts à faire avancer l’éducation des filles et l’égalité entre les sexes ? Dans les prochaines années, quelles sont les opportunités les plus prometteuses pour réduire les inégalités entre les sexes dans le domaine de l’éducation par l’action politique, le plaidoyer collectif ou la recherche ? Quels défis pouvons-nous anticiper ? Comment répondre à ces défis ?
Il s’agira à travers cette réunion internationale annuelle a déclaré, la 3ème adjointe au maire de la commune III, Mme Djiré Mariame Diallo, de mesurer le chemin parcouru dans la promotion de la fille dans le domaine de l’éducation et de renouveler les engagements à cette cause.
Il est aussi question de s’assurer de la pertinence des actes posés, des résultats probants, d’innover au besoin et d’envoyer un message. Les politiques éducatives en faveur de la fille dans le contexte socio-économique et culturel de nos pays constituent souvent un frein, a-t-elle constaté. Le représentant résidant de l’UNICEF, Fran Equiza a lui précisé que la rentrée scolaire 2015-2016 dans notre pays s’inscrit dans la vision de la paix et de la réconciliation nationale définie par l’Accord de paix en priorité avec l’accès à l’éducation pour tous les enfants d’âge scolaire.
Une telle vision, a-t-il estimé, ne saurait se limiter aux seules régions directement affectées par la crise, mais à toute l’étendue du territoire national. Parmi les obstacles structurels à la jouissance et aux respects effectifs des droits humains, a ajouté Fran Equiza, la pauvreté joue un rôle déterminant en ce qui concerne le statut de la femme et de l’enfant. « Plus d’un quart de siècle après l’adoption de la convention relative au droit de l’enfant, la discrimination existe encore dans la scolarisation des filles, des handicapés, à l’accès aux services sociaux essentiels des enfants les plus pauvres en zones rurales », a déploré le représentant résident de l’UNICEF qui a attiré aussi l’attention sur le fait que des progrès restent toujours à faire pour réduire les disparités entre filles et garçons dans les régions de Mopti, Tombouctou et Kidal. Ces régions enregistrent une baisse de la parité entre filles et garçons.
Selon Fran Equiza, les femmes instruites sont en général en meilleure santé, plus actives et davantage rémunérées. Elles ont moins d’enfants et sont en mesure de mieux les soigner et les éduquer. Et les enfants de mères instruites ont plus de chance de survivre et d’être en bonne santé. Un pays qui investit donc dans son éducation accroit sa productivité et dope sa croissance économique, car une éducation de qualité incite les enfants à rester à l’école et d’être moins exploités ou victimes de violences.

Un droit humain fondamental

« Il y a des barrières qui empêchent les filles d’aller à l’école. Notre rôle est d’accompagner le gouvernement pour promouvoir la parité dans l’éducation des filles », a relevé Mme Nora Fyles qui a précisé que le comité consultatif mondial de l’UNGEI est cette année à Bamako pour réfléchir sur les Objectifs du millénaire pour le développement et apprendre les expériences du Mali en matière de la problématique de la scolarisation des filles.
Pour sa part, la première dame a indiqué que la tenue de cette rencontre témoigne de l’intérêt que porte la communauté internationale à la scolarisation des filles dans notre pays. Mme Kéïta Aminata Maïga a ensuite rappelé que l’éducation des filles a toujours été au centre des préoccupations des différents gouvernements de notre pays depuis l’indépendance. A la faveur du Programme d’investissement du secteur de l’éducation (PISE), le Mali a entrepris et encouragé des actions visant à accélérer la scolarisation des filles et la formation des femmes à travers l’adoption et la mise en œuvre d’une politique nationale de scolarisation des filles. La conjugaison des efforts des acteurs et partenaires a permis de d’enregistrer des progrès notoires, a-t-elle constaté.
Ainsi, l’année scolaire 2014-2015 fut marquée par un taux de 46,5% des filles au premier cycle et 45,3% au second cycle du fondamental. « Malgré les efforts continus du gouvernement et de ses partenaires sectoriels pour améliorer l’accès à l’éducation, un grand nombre d’enfants maliens en âge d’être scolarisés n’ont pas accès à l’école », a souligné l’épouse du chef de l’Etat qui a rappelé que la crise sécuritaire de 2012 a compromis l’accès à l’école de plusieurs milliers d’enfants en âge d’être scolarisés et généré des abandons. Beaucoup de filles n’ont pas la chance d’aller à l’école et celles qui y ont accès n’arrivent pas toutes à achever le niveau fondamental pour de multiples raisons, a-t-elle déploré en soulignant les contraintes socioculturelles qui empêchent la scolarisation des filles. « Le mariage des enfants menace le bien-être des filles et perpétue le cycle de la mauvaise santé et de la pauvreté », a dénoncé la première dame qui a rappelé son engagement personnel pour le maintien des filles à l’école. C’est dans cette optique qu’elle a procédé au lancement de la campagne nationale pour mettre fin aux mariages des enfants le 11 octobre dernier à l’occasion de la Journée internationale de la jeune fille.
Pour Mme Kéïta Aminata Maïga, l’éducation de la fille est un droit humain fondamental. « L’éducation des filles dépend de notre engagement », a-t-elle exhorté, estimant que « les pratiques archaïques n’ont aucun fondement légitime ni dans nos traditions ni dans la religion ». La première dame a invité tout le monde à « revisiter ensemble les traditions pour atteindre les objectifs définis dans l’agenda post-2015 de l’Education pour Tous ».

 

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Source : maliactu.net