Poudre de cacao pur ? Pas si vite
Derrière l'ingrédient familier du chocolat chaud du matin se cache un produit aux multiples visages, chimiquement transformé, nutritionnellement remarquable, et bien plus mystérieux qu'il n'y paraît.
Un Hollandais a tout inventé
Il y a quelque chose de rassurant dans une boîte de cacao en poudre. L'étiquette dit « 100 % pur », la couleur est profonde et chocolatée, le parfum, immédiat et gourmand. On croit le connaître. On le connaît depuis l'enfance. Et pourtant, cet ingrédient discret dissimule une fabrication complexe, des propriétés méconnues, et quelques surprises que l'industrie agroalimentaire n'a pas vraiment intérêt à mettre en avant.
C'est au XIXe siècle qu'un chimiste néerlandais, Coenraad van Houten, invente une presse hydraulique capable d'extraire le beurre de cacao des fèves. Il met également au point un procédé à base de sels alcalins pour traiter la matière sèche restante, obtenant ainsi une poudre soluble au goût subtil. On lui doit, sans le savoir, la distinction que nous faisons aujourd'hui entre la poudre de cacao et la tablette de chocolat.
La poudre de cacao est en réalité un sous-produit. Pour la produire, les fèves sont fermentées, séchées, torréfiées, puis pressées à des pressions allant jusqu'à 600 bars pour en extraire la matière grasse, le précieux beurre de cacao. Ce qui reste, des galettes compactes appelées tourteaux, est broyé en poudre fine. C'est ce résidu que vous versez chaque matin dans votre tasse.
« Le mot cacao a un super pouvoir : celui de rendre tout ce qu'il touche artisanal, même quand ce n'est pas le cas. »
L'alcalinisation, le secret bien gardé
La poudre de cacao est naturellement acide et peu soluble dans l'eau ou le lait. Pour y remédier, la grande majorité des fabricants ont recours à l'alcalinisation : en ajoutant du carbonate de potassium ou de sodium, ils modifient le pH de la poudre, ce qui la rend plus soluble et lui confère une couleur brun-rouge plus intense et plus appétissante.
Ce procédé est aussi économique que révélateur. Un brevet déposé autour de cette technique précise qu'il permet d'obtenir avec une teneur moins élevée en cacao une coloration plus intense. En clair, moins de cacao pour plus d'apparence. La couleur foncée d'une poudre n'est donc pas un gage de qualité, c'est souvent l'inverse.
Jusqu'à 90 % des bienfaits perdus en chemin
Le cacao brut est l'une des sources les plus remarquables de flavanols, des antioxydants puissants liés à la réduction de l'inflammation, à la protection cardiovasculaire et à l'amélioration de la circulation sanguine. Mais une étude récente a montré que le traitement industriel classique, combinant torréfaction et alcalinisation, détruit entre 60 et 90 % de ces composés protecteurs.
Autrement dit, la poudre de cacao vendue en supermarché et la poudre de cacao cru, non torréfiée, non alcalinisée, sont deux produits aux profils nutritionnels radicalement différents, bien qu'ils portent parfois le même nom sur l'étiquette.
Un aliment exceptionnellement dense
Là où la poudre de cacao tire son épingle du jeu, c'est dans sa composition brute. Elle est riche en protéines, en moyenne 22 %, et en fibres alimentaires, jusqu'à 30 %. Elle constitue l'une des meilleures sources alimentaires de magnésium, de cuivre et de manganèse. Elle contient également de la théobromine, une molécule stimulante concentrée lors du pressage, qui peut atteindre 6 % dans la poudre finale.
Le cacao contient aussi de la sérotonine, du tryptophane, de la tyrosine et de la phényléthylamine, quatre neurotransmetteurs associés au bien-être et à la régulation de l'humeur. Ce n'est pas une légende : la chimie du bonheur est, en partie, dans la tasse. Mais il faut nuancer : la poudre de cacao compte parmi les aliments les plus concentrés en métaux lourds, aluminium, plomb et cadmium, dont la toxicité est avérée et que les packagings omettent systématiquement.
Bien au-delà du chocolat chaud
La poudre de cacao non sucrée mérite une place bien plus large dans nos cuisines. En cuisine salée, elle s'intègre naturellement dans les sauces mijotées, les plats de viande blanche et les légumes grillés, à l'image du mole mexicain. Elle apporte de la profondeur, une légère amertume, et une complexité aromatique que peu d'épices peuvent égaler. Pour la conserver, il suffit de la garder au sec, à l'abri de la chaleur, de la lumière et de l'humidité. Elle se conserve remarquablement longtemps.
Florence Bayala
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