Vingt ans sans enfant… mais notre amour a tenu
Le jour de mon mariage, tout le monde parlait déjà de mes futurs enfants. Les femmes de la famille me glissaient à l’oreille : L’année prochaine, on revient pour le baptême. Je souriais timidement. À vingt-six ans, je pensais sincèrement que tout irait vite. Un mariage, puis des enfants. Comme dans les histoires simples.
Les premières années, nous avons attendu sans inquiétude. Chaque retard me remplissait d’espoir. Chaque test négatif me brisait un peu plus. Mon mari, lui, essayait toujours de me rassurer. Ça viendra quand Dieu voudra , répétait-il.
Mais au bout de cinq ans, les regards ont changé.
Dans les cérémonies, les femmes me regardaient avec une pitié mal cachée. Certaines me donnaient des recettes traditionnelles sans même que je demande. D’autres me conseillaient des marabouts, des prières spéciales ou des traitements coûteux. Comme si mon ventre était devenu une affaire publique.
Le plus dur n’était pas l’absence d’enfant. Le plus dur, c’était le silence après certaines phrases. Une femme sans enfant, ce n’est pas un foyer complet.
Je faisais semblant de ne pas entendre. Mais une fois seule, je pleurais longtemps dans ma salle de bain. Nous avons tout essayé. Les hôpitaux à Abidjan. Les cliniques à Accra. Les traitements hormonaux. Les injections. Les voyages. Les prières de minuit. Chaque nouvel espoir finissait toujours par la même douleur.
À trente-huit ans, après une nouvelle fausse couche, j’ai craqué. Cette nuit-là, j’ai dit à mon mari qu’il devait refaire sa vie. Trouver une autre femme. Avoir les enfants qu’il méritait. Je lui ai même préparé tout un discours dans ma tête pour paraître forte.
Il m’a regardée longtemps avant de répondre : Tu crois que je suis resté vingt ans pour ton ventre ?
Je me souviens encore du silence qui a suivi. Pour la première fois depuis des années, j’ai compris que lui aussi souffrait. Les hommes parlent peu de ces douleurs-là. Mais je voyais bien comment certains de ses amis se moquaient discrètement. Comment sa famille lui répétait qu’il était encore temps de prendre une deuxième épouse.
Il n’a jamais cédé.
Notre couple a survécu parce qu’à un moment, nous avons arrêté de vivre uniquement dans l’attente d’un enfant. Nous avons recommencé à vivre pour nous. Nous avons voyagé. Ouvert un petit commerce ensemble. Accueilli les enfants de nos frères et sœurs pendant les vacances. Notre maison a retrouvé du bruit et des rires.
Aujourd’hui, cela fait vingt ans de mariage.
Oui, il y a encore des jours difficiles. Des jours où je regarde les photos de famille avec un pincement au cœur. Des jours où certaines questions réveillent des blessures anciennes. Mais je ne me définis plus par ce que je n’ai pas eu.
J’ai un homme qui m’a choisie chaque jour malgré les tempêtes. Et avec le temps, j’ai compris que certains amours deviennent plus forts précisément parce qu’ils ont survécu à ce qui devait les détruire.
Notre histoire n’est peut-être pas celle que j’avais imaginée à vingt-six ans. Mais elle reste une histoire d’amour. Une vraie.
Adama Doumbia
Photo d'illustration
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